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Accéder et gérer le financement de l'adaptation climatique

Accéder et gérer le financement de l'adaptation climatique

Le financement climatique international est acheminé à travers diverses sources, instruments et mécanismes. Les fonds climatiques multilatéraux jouent un rôle crucial en soutenant les pays dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation à un climat en mutation et la construction d’économies résilientes et durables. Cependant, les processus d’accès au financement de ces fonds sont très variables et complexes. Chaque fonds possède un objectif, une structure de gouvernance et des exigences d’accès qui lui sont propres.

Cette section offre un aperçu des principaux fonds climatiques multilatéraux, des publications et outils pertinents ainsi que des formations disponibles

Le financement de l’adaptation climatique désigne les ressources financières qui soutiennent les activités visant à réduire les risques physiques et les impacts du changement climatique sur les pays et les communautés. Bien qu’il n’existe pas de définition universellement acceptée, il comprend généralement les financements publics internationaux provenant des pays développés vers les pays en développement, ainsi que les financements publics nationaux et les financements privés émanant de sources telles que les entreprises, les institutions financières et les organisations philanthropiques.

Le changement climatique affecte déjà la vie des populations à travers le monde entier. Les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur extrême et les tempêtes pèsent sur les moyens de subsistance et accentuent la nécessité d’une adaptation efficace. Pour se préparer à ces impacts et en réduire les risques, des ressources financières considérables sont nécessaires – en particulier dans les pays vulnérables.

1. Un écart de financement croissant

Les estimations des besoins en financement de l’adaptation varient en raison de méthodologies et de définitions différentes. Selon le rapport Global Landscape of Climate Finance, les besoins annuels en financement de l’adaptation dans les économies de marché émergentes et en développement (EMED) devraient atteindre environ 222 milliards USD par an entre 2024 et 2030.

Cependant, les flux de financement de l’adaptation suivis ne s’élevaient qu’à 46 milliards USD en 2023. D’autres évaluations montrent des tendances similaires, soulignant l’importance du déficit mondial de financement de l’adaptation.

Combler cet écart nécessite une action coordonnée de tous les acteurs -gouvernements, institutions de financement du développement, secteur privé, société civile et communautés locales.

2. Une opportunité économique majeure

Il est important de noter que d’investir dans l’adaptation climatique n’est pas seulement une nécessité ; c’est aussi une opportunité économique significative.

Pour les pays, la résilience climatique peut stimuler la croissance à long terme. Selon la Banque mondiale (2024), les pays qui renforcent leur résilience aux impacts climatiques pourraient voir leur PIB augmenter jusqu’à 15 points de pourcentage d’ici 2050 par rapport aux trajectoires politiques actuelles.

Pour les communautés, investir 350 milliards USD par an dans la résilience pourrait générer jusqu’à 280 millions de nouveaux emplois dans les EMED au cours de la prochaine décennie (Systemiq / Steer et al., 2025).

Pour les entreprises, le marché mondial de l’adaptation et de la résilience pourrait atteindre entre 500 milliards et 1 300 milliards USD d’ici 2030, créant des opportunités substantielles d’investissement et d’innovation (BCG & Temasek, 2025).

3. Un retour sur investissement élevé

Par ailleurs, les données suggèrent que chaque dollar investi dans l’adaptation peut générer plus de 10,5 USD de bénéfices, grâce aux pertes évitées, à l’augmentation de la productivité et aux co-bénéfices sociaux et environnementaux plus larges (World Resources Institute, 2025).

L’adaptation n’est donc pas seulement une réponse aux risques climatiques – c’est un investissement stratégique dans la stabilité économique, la résilience sociale et le développement durable.

Malgré l’urgence croissante des impacts climatiques, le financement de l’adaptation demeure très en deçà des besoins estimés, en particulier dans les pays les plus vulnérables. L’intensification du financement de l’adaptation en faveur des pays en développement se heurte à une série d’obstacles économiques, institutionnels et techniques étroitement liés.

Parmi ceux-ci figurent le faible potentiel générateur de revenus des investissements d’adaptation, la perception élevée des risques et l’incertitude qui en découle, la complexité et la fragmentation des architectures de financement, la faiblesse des capacités institutionnelles, ainsi que les difficultés à mesurer et à démontrer les résultats de l’adaptation. Conjugués, ces obstacles érodent la confiance des investisseurs, limitent l’accès aux fonds climatiques disponibles et entravent la constitution de portefeuilles solides de projets d’adaptation bancables, empêchant ainsi les financements d’atteindre les communautés et les secteurs qui en ont le plus besoin.  

1. Des barrières économiques et financières 

Les projets d’adaptation reposent largement sur les financements publics et concessionnels (notamment les subventions et les prêts bonifiés). Bien que leurs larges bénéfices sociaux et environnementaux soient évidents, ils sont souvent perçus comme ne générant pas des rendements financiers suffisamment élevés ou directs.

Par conséquent, les investisseurs privés peinent à évaluer la viabilité commerciale des projets d’adaptation, souvent associés à des risques plus élevés que les investissements d’atténuation. Les besoins d’adaptation étant les plus importants dans les pays les plus vulnérables, et les financements publics restant limités, le renforcement des approches public-privé, telles que le financement mixte et les mécanismes de partage des risques, est essentiel pour mobiliser les capitaux privés.

2. Obstacles institutionnels et de gouvernance

L’architecture financière de l’adaptation est souvent complexe et fragmentée, impliquant de multiples sources et intermédiaires, chacun avec ses propres critères et processus. Des exigences longues et techniques en matière de candidature, d’accréditation et de reporting rendent difficile l’accès aux financements disponibles pour de nombreux pays en développement, en particulier ceux touchés par les conflits et la fragilité, ainsi que pour les acteurs locaux.

De plus, les structures de gouvernance dans les pays bénéficiaires peuvent limiter l’accès au financement de l’adaptation. Le manque d’intégration de l’adaptation dans les plans de développement nationaux, les systèmes d’investissement public et les politiques sectorielles réduit les incitations à prioriser la résilience. Des dispositifs institutionnels fragmentés, avec des responsabilités réparties entre de multiples acteurs, peuvent également entraver la coordination.

3. Obstacles techniques et liés aux connaissances

La préparation de projets d’adaptation est souvent difficile, car ils doivent être adaptés à des contextes locaux spécifiques, ce qui rend leur réplication plus complexe. La mesure des résultats de l’adaptation est également complexe : alors que les résultats d’atténuation peuvent être quantifiés en termes d’émissions réduites, les résultats de l’adaptation, tels que les pertes évitées ou l’augmentation de la résilience, sont moins tangibles et plus difficiles à comparer. Les porteurs de projets doivent également démontrer comment leur projet répond spécifiquement aux risques climatiques, plutôt qu’aux défis de développement plus larges. Cependant, l’accès à des données fiables et actualisées reste limité dans de nombreuses régions.

Le rôle des évaluations des risques climatiques

Les évaluations des risques climatiques (ERC) jouent un rôle clé dans la résolution de certains de ces défis. Elles aident à identifier comment le changement climatique et ses impacts peuvent affecter les pays, les secteurs ou les communautés en évaluant l’interaction entre l’aléa, l’exposition et la vulnérabilité.

En identifiant les risques actuels et futurs pesant sur les personnes, les actifs et les écosystèmes, les ERC soutiennent la prise de décision fondée sur des données probantes et la planification prospective. Elles contribuent également à orienter l’allocation des ressources, à éclairer la conception des politiques et projets d’adaptation, et à établir des références pour suivre l’efficacité des actions d’adaptation dans le temps.

 

La justification climatique explique en quoi une mesure ou un investissement proposé est directement lié au changement climatique. Elle démontre que la mesure répond à des risques ou des vulnérabilités climatiques spécifiques, plutôt qu’à des besoins de développement généraux.

Pour les projets d’adaptation, une justification climatique claire est particulièrement importante – mais souvent plus difficile à établir que pour les projets d’atténuation. Les fonds climatiques internationaux, tels que le Fonds vert pour le climat (FVC), exigent une solide justification climatique pour s’assurer que les financements ciblent bien les défis liés au changement climatique.

Une justification climatique solide doit :

  • Apporter des preuves des risques climatiques
    Utiliser des données climatiques, des scénarios et des évaluations de vulnérabilité pour expliquer comment le changement climatique affecte les populations, les écosystèmes et les infrastructures – maintenant et à l’avenir. Des outils tels que le Climate Risk Sourcebook fournissent un cadre conceptuel et des orientations pour la conduite d’évaluations des risques climatiques (ERC).
  • Expliquer le lien avec la mesure
    Démontrer clairement comment la mesure proposée répond aux risques climatiques identifiés (par exemple, la construction de défenses contre les inondations dans des zones exposées à la montée des eaux).
  • Se différencier du financement du développement  Clarifier pourquoi le financement est nécessaire pour l’adaptation climatique, plutôt que pour des objectifs de développement généraux tels que la réduction de la pauvreté ou les infrastructures de base.

Dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les pays développés se sont engagés à soutenir les pays en développement dans leurs efforts d’adaptation. Les Accords de Paris ont réaffirmé cet engagement, tout en encourageant les contributions volontaires d’autres parties et en soulignant la nécessité de mobiliser des financements provenant d’un large éventail de sources. Dans ce contexte, un équilibre entre le financement de l’adaptation et celui de l’atténuation constitue un objectif clé.

Les Contributions déterminées au niveau national (CDN) et les Plans nationaux d’adaptation (PNA) jouent un rôle central dans l’orientation du financement de l’adaptation.

  • Les CDN définissent les priorités d’adaptation des pays et servent donc de base pour identifier les besoins en financement de l’adaptation.
  • Les processus PNA dépendent largement du financement pour être efficaces et inclusifs, des ressources étant nécessaires à toutes les étapes – de la formulation à la mise en œuvre.

Les documents PNA sont des outils essentiels pour identifier les lacunes en matière de financement de l’adaptation, explorer les options de financement et définir des étapes concrètes pour accéder aux financements et les mobiliser.

Des analyses montrent que la plupart des PNA comprennent des sections dédiées au financement de l’adaptation. L’établissement d’un cadre solide pour la priorisation des mesures d’adaptation dans les processus PNA contribue à garantir que les ressources limitées sont orientées vers les actions les plus urgentes et à fort impact.

Une priorisation claire fournit également une feuille de route structurée pour la mise en œuvre et renforce la coordination dans la mobilisation des financements. L’articulation entre les processus PNA et les CDN améliore en outre l’accès aux financements, évite les doubles emplois et soutient une utilisation plus efficace des ressources disponibles.

L’identification des priorités en matière de financement de l’adaptation nécessite une approche structurée et fondée sur des données probantes, qui tient compte à la fois de l’efficacité des mesures et des sources de financement les plus appropriées.

Une étape clé consiste à réaliser une analyse coûts-bénéfices (ACB), qui compare les coûts socio-économiques et environnementaux d’une mesure avec ses bénéfices attendus, tels que les pertes évitées et les gains de productivité. Les mesures dont les bénéfices dépassent les coûts sont considérées comme économiquement viables et doivent être priorisées.

La priorisation doit également tenir compte :

  • De l’urgence des risques climatiques
  • Des co-bénéfices potentiels (par exemple sociaux, environnementaux, économiques)
  • De la reproductibilité à grande échelle de la mesure
  • De l’alignement avec les priorités d’adaptation nationales ou locales, telles que les Plans nationaux d’adaptation (PNA)

En outre, les décideurs doivent tenir compte de la diversité des sources de financement, notamment nationales, bilatérales et multilatérales, ainsi que publiques et privées, afin de garantir que le financement est durable et adapté au type d’intervention.

La mobilisation et l’augmentation des financements privés sont largement reconnues comme des conditions préalables essentielles pour combler le déficit de financement de l’adaptation. Cela nécessite de créer les bonnes incitations, de réduire les risques d’investissement et d’améliorer la préparation des projets.

Les gouvernements et les partenaires de développement peuvent encourager les investissements privés en proposant des instruments de réduction des risques, tels que des garanties, des assurances et des mécanismes de financement mixte combinant fonds publics et privés, notamment dans les domaines où les rendements financiers ne sont pas encore attractifs pour le secteur privé.

1. Créer un environnement favorable

Des cadres politiques clairs et stables, associés à des stratégies d’adaptation bien définies, contribuent à renforcer la confiance des investisseurs et témoignent d’un engagement à long terme en faveur de la résilience climatique.

Des incitations financières, telles que des avantages fiscaux ou des prêts concessionnels, peuvent en outre stimuler l’engagement du secteur privé, en particulier dans les secteurs où les rendements sont à plus long terme ou incertains.

2. Renforcer les portefeuilles de projets L’amélioration du portefeuille de projets d’adaptation « bancables » est essentielle. Cela peut être réalisé grâce à une assistance technique, des études de faisabilité et des structures financières transparentes, rendant les opportunités d’investissement plus attractives pour les acteurs privés.

3. Améliorer les données et les partenariats

Un meilleur accès à des données fiables sur les risques et impacts climatiques soutient la prise de décision éclairée et réduit l’incertitude pour les investisseurs. Parallèlement, favoriser les partenariats public-privé peut contribuer à tirer parti des atouts des deux secteurs.

Ensemble, ces actions peuvent mobiliser des financements privés substantiels pour soutenir et amplifier les efforts d’adaptation climatique.

Le financement de l’adaptation provient d’un large éventail de sources, notamment les financements nationaux, bilatéraux, multilatéraux et privés. Chacun joue un rôle distinct dans le soutien à la résilience climatique.

1. Financement national (public)

Le financement public national est au cœur de l’adaptation climatique. Il fournit des ressources stables, prévisibles et appropriées au niveau national, permettant aux gouvernements d’intégrer l’adaptation dans la planification centrale du développement.

Il peut prendre la forme d’allocations budgétaires pour des infrastructures résilientes, de fonds climatiques nationaux, de subventions ciblées pour une agriculture climato-intelligente, ou de mesures de protection sociale pour les groupes vulnérables. En ancrant l’adaptation dans les budgets nationaux, les gouvernements assurent la durabilité à long terme et créent les conditions pour mobiliser à la fois les financements privés et internationaux.

2. Financement bilatéral (public)

Le financement bilatéral de l’adaptation désigne les fonds fournis directement d’un pays à un autre pour soutenir les efforts de résilience climatique. Il est généralement acheminé par le biais d’agences de coopération au développement ou d’accords de gouvernement à gouvernement, et est souvent fourni sous forme de subventions, de prêts concessionnels ou de prises de participation.

Le financement bilatéral est généralement canalisé soit par des initiatives climatiques ciblées, soit par des accords de coopération plus larges alignés sur les priorités nationales. Ceux-ci peuvent soutenir des mesures d’adaptation spécifiques ou intégrer l’adaptation dans des programmes de développement plus larges. Des instruments tels que l’appui budgétaire, le financement commun ou les approches sectorielles permettent une intégration plus systématique de l’adaptation dans la planification et la budgétisation nationales.

3. Financement multilatéral (public)

Un large éventail de sources multilatérales est disponible pour le financement de l’adaptation. Les fonds climatiques établis dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) comprennent le Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds pour l’adaptation, le Fonds pour les pays les moins avancés (FPMA), le Fonds spécial pour les changements climatiques (FSCC) et le Fonds pour répondre aux pertes et préjudices (FRPP).

En outre, les pays peuvent accéder aux financements des banques multilatérales de développement (BMD) pour soutenir les actions d’adaptation. Ces institutions jouent également un rôle important dans la mobilisation de ressources publiques et privées supplémentaires. La compréhension des différentes modalités de financement est essentielle pour aligner les besoins nationaux sur les sources de financement les plus adaptées.

4. Financement privé

Le secteur privé joue un rôle de plus en plus important dans le financement de l’adaptation et comprend un large éventail d’acteurs, des petits exploitants agricoles et des PME aux multinationales, assureurs, banques et investisseurs institutionnels.

Les investissements privés proviennent généralement de deux sources principales. Les entreprises privées investissent dans des biens et services résilients au climat, ainsi que dans leurs propres opérations et chaînes d’approvisionnement. Les financiers privés fournissent des fonds sous forme de prêts, de prises de participation, de garanties ou de subventions pour soutenir les mesures d’adaptation.

Les gouvernements peuvent encourager l’engagement du secteur privé en créant des environnements favorables, en renforçant les cadres politiques et en favorisant les partenariats public-privé.

Les instruments financiers innovants désignent des approches de financement qui vont au-delà des sources traditionnelles telles que les subventions et les prêts, et qui ont le potentiel de débloquer des investissements supplémentaires, notamment en provenance du secteur privé. Comme il n’existe pas de définition universellement acceptée, les instruments présentés ci-dessous offrent un aperçu non exhaustif des approches couramment utilisées.

Exemples d’instruments innovants

  • Échanges dette-résilience : Un créancier réduit, restructure ou refinance la dette souveraine en échange d’un engagement du débiteur à investir la marge budgétaire ainsi dégagée dans des mesures d’adaptation climatique et de résilience.
  • Financement conditionnel climatique : Prêts ou obligations dont les conditions s’ajustent automatiquement lorsqu’un choc climatique prédéfini survient, par exemple via des moratoires de paiement, des réductions de taux d’intérêt ou des annulations partielles à la suite d’événements tels que des ouragans.
  • Financement mixte (y compris les garanties) : L’utilisation de capitaux concessionnels et de garanties de partage des risques provenant de sources publiques ou philanthropiques pour améliorer le profil risque-rendement et mobiliser les investissements privés en faveur de projets climatiques.
  • Assurance paramétrique : Mécanismes d’assurance déclenchant des versements automatiques lorsque des conditions prédéfinies sont remplies, telles que des seuils de température ou des niveaux d’eau spécifiques, permettant une réponse financière rapide après des événements climatiques.
  • Obligations de résilience et obligations vertes : Obligations labellisées dont les produits sont affectés à des projets renforçant la résilience climatique ou générant des bénéfices environnementaux.
  • Finance liée à l’impact (SIINC) : Paiements ou primes basés sur les résultats, versés lorsqu’une entreprise atteint des résultats sociaux ou environnementaux vérifiés, améliorant ainsi ses revenus et attirant des investissements supplémentaires.